Transat retour... en Pogo 40 - Tchuda Popka 2

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J33 - Terre !

16 février 2007 | 12:39

Ce n’est pas la premiere terre que nous voyons, mais celle-la c’est la notre ! La traversee du golfe du Lion commencee au moteur toute la nuit et ce matin se poursuit depuis une demi-heure a la voile, et cette fois la cote est en vue. Arrivee prevue vers 18h, on vous tient au courant.

A tout de suite !

Guillaume, et l’equipage de Tchuda Popka

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J32 - Le Pogo c’est quand meme bien crevant !

15 février 2007 | 18:33

Au moteur a 5 nds au 47

Voila plus d’un mois que nous sommes en mer sur Tchuda Popka 2, certes en comptant deux escales de courte duree, et nous sommes tous bien fatigues. Nous n’en avons pas beaucoup parle dans ces mails quotidiens, mais nous ressentons tous apres ces quelques 4000 milles parcourus sur l’Atlantique et la Mediterrannee, une grande fatigue physique. Nous vous avons surtout relates nos grands moments, mais donne peu de details sur la vie a bord telle qu’elle est reellement. Et Tchuda Popka n’est qu’un cousin tres eloigne des palaces flottants que nous visitons tous au salon nautique chaque annee.

Je vous propose de reprendre rapidement les quelques semaines ecoulees. Pendant les 5 premiers jours, nous etions au pres en permanence dans l’Alize, un bon force 6 de haute mer, certes au chaud, mais aussi au mouilles en permanence : douches d’embruns a l’exterieur, sauna a l’interieur, le tout avec 15 / 20 degres de gite… On s’est vite amarines, mais on a aussi decouvert que physiquement, c’etait un beau challenge pour 4 equipiers certes sportifs, mais pas entraines a lutter jour et nuit contre la gite et a faire les efforts particuliers pour regler des voiles tres puissantes. On a ensuite passe 15 jours dans le train de depression des 30 degres de latitude nord, toujours sur le qui-vive, pour regler et ajuster la voilure, avec les differentes peripeties dont nous nous souvenons tous : grains memorables et eprouvants, physiquement et moralement. Au passage des Acores, nouvelle depression qui nous a contraint a naviguer pres de 72h au pres-bon-plein dans 30 noeuds de vent, tres dur physiquement a nouveau, avec les contraintes importantes sur la vie a bord qui vont avec la gite importante et le bateau qui tape dans les vagues… Gibraltar et son coup de Trafalgar ont aussi laisse de lourdes sequelles sur l’equipage, et nous sommes arrives a Ceuta, grand voile blessee et moral dans les chaussettes ! Heureusement, 30 heures plus tard, le moral etait de retour, et nous voila a nouveau en mer, avec une solution bien ficelee pour reparer la GV. A Torremolinos, grace au climat de la station balneaire la plus chaude d’Europe, nous avons bien pu y recuperer, tout en continuant a nous depenser physiquement pour remettre le bateau en etat de traverser la Mediterrannee. Et vous vous souvenez surement des recits des deux journees et nuits musclees que nous avons passees hier et il y a 3 jours, a nouveau extremement eprouvantes physiquement, avec moult manoeuvres, prises de ris et empannages dans du vent fort…

Detaillons aussi le deroulement d’une des 30 nuits que nous avons passees en mer. Habituellement, Guillaume prend le premier quart, vers 20h, juste apres le diner. Denis reste a moitie habille / endormi, pour etre pret a bondir si besoin, il prend son quart a 23h. Je lui succederai vers 2h du matin, et Guillaume reviendra sur le pont vers 6/7h. Quant a moi, j’ai souvent du mal a trouver le sommeil a ce moment, me demandant a quelle sauce nous allons bien nous faire manger cette nuit : je re-regarde la meteo, la nav, les milles parcourus et restant, le barometre qui se prend souvent un petit plongeon a ce moment la… Et tres souvent, vers 21h/22h, tout ce petit monde se retrouve sur le pont pour prendre un ris ou manoeuvrer… Retour a la banette, il faut arriver a retrouver son sac de couchage, se deshabiller (retirer harnais, veste et salopette de quart, bottes et chaussettes) d’une main (l’autre sert a se tenir pour ne pas tomber) et se glisser dans un espace qu’on a du mal a qualifier de couchette, tant il est bizarrement penche. Le tout en essayant de ne pas reveiller ceux qui dorment deja… Quelques heures plus tard, quelqu’un de tres mal intentionne vous reveille en disant : “Le vent monte encore, habille toi vite et vient m’aider a prendre le 3e ris…”. En fin de nuit, Guillaume me reprend le quart, vers 6 ou 7h du matin, mais la journee commence deja, et si on veut a la fois recuperer un peu de sommeil, envoyer un mail a Gwen avec notre nouvelle position pour pouvoir faire le point sur la suite dans la matinee, et avaler un petit dejeuner, il faut bien viser… Le tout avec de nouvelles manoeuvres que le petit pere Guillaume, bien repose, nous propose gentiment : “On est toujours avec 3 ris, et il n’y a plus que 15 nds de vent, on renvoie la toile et on prepare le gennaker ?”. Et hop, la petite sieste d’apres le quart y passe ! Pierre s’est joint a l’un de nous pendant la nuit, a tour de role, et c’est alors un quart different pour celui qui est en binome avec lui : plus reposant car il peut veiller et surveiller sans relache, et aussi plus facile pour manoeuvrer au besoin, car on n’a alors pas a reveiller l’un des dormeurs pour aller lacher un ris ou en prendre un supplementaire. Et hop, la matinee est deja bien avancee, et il faut penser au repas : d’abord faire la vaisselle de la veille “Passe moi un seau d’eau de mer” (derriere ca, il y a un serieux parcours du combattant pour aller le prendre ce seau d’eau de mer !), et epluchage (toujours a une main…) de quelques patates, cuisine gastronomique ou il faut sans cesse se cramponner et se retenir d’une main, tandis que l’autre tente difficilement de retenir la cocotte qui a decide de ne pas rester la gentiment… Bref, la moitie de l’energie du repas y passe deja dans sa preparation ! Mais les bolinos et autres lyophs, c’est pour la regate ou le tres gros temps !

A la lecture de ces quelques lignes, vous vous demanderez sans doute comment Gwen a reussi a faire tout ca tout seul : nous aussi on se le demande, et rien que d’y penser on est encore plus fatigues… en plus il a ete carrement plus vite que nous, en solo ! Gwen, tu as vraiment notre respect infini, et on aimerait bien faire un petit tour avec toi sur ton joli bateau, pour prendre une bonne lecon !

Ah, ce Tchuda Popka, il nous en a pris de l’energie ! Mais aussi, qu’est-ce qu’il nous a donne comme moments inoubliables, que je ne vais pas essayer de resumer ici : ils sont pour beaucoup racontes dans les nombreux mails que nous avons envoyes au jour le jour, et d’autres qui ne se racontent pas mais se vivent uniquement, mais tous graves au plus profond de chacun d’entre nous. Parmi ces moments forts, la lecture de vos encouragements (relayes par Adeline) a compte pour beaucoup, et a ete un reconfort quotidien.

Et ce n’est pas encore fini ! Il nous reste encore quelques 120 milles a parcourir avant de fouler le quai du Vieux Port de Marseille, si tout va bien demain en fin de journee, plus tot si le vent revient comme annonce par notre meteo. Et ces derniers milles, on en profite a fond, certains de ne pas revivre de si tot une telle aventure. Ce matin, apres une nuit encore tres eprouvante (rafales a plus de 40 nds), nous avons eu le plaisir de voir au loin les sommets enneiges des Pyrenees (”Quand on voit Pyrenees, on a de la neige plein les pieds, Quand on voit le Canigou, on a de la neige jusqu’au cou”), et de passer une nouvelle superbe journee tres ensoleillee et avec jusque ce qu’il nous fallait comme vent pour bien se reposer. Quoi de mieux pour feter l’anniversaire de Pierre ?

Bonne nuit a tous, et a demain pour notre dernier message envoye en mer (inch’allah) !

Jerome et tout l’equipage de Tchuda Popka 2

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J31 - Voila l’hiver, voila l’hiver !

14 février 2007 | 18:17

A 7 nds au 50

J’en viens presque a soupconner certains d’entre vous d’avoir, trop degouttes a la lecture de notre compte-rendu de la journee d’hier, eu quelques mauvaises pensees a notre egard et attire sur nous une petit soupcon d’hiver ! Pour la premiere fois depuis Pointe-a-Pitre, nous avons eue une bonne nuit bien humide, a la bretonne, avec cargos et brouillard ! Heureusement le vent etait clement et nous avons pu bien avancer, guides par notre radar tres efficace pour detecter et suivre cargos et pecheurs dans la nuit sans visibilite. Mais ce fut tout de meme bien fatiguant, a sans arret faire l’aller-retour pendant nos quarts entre la descente pour surveiller les afficheurs de notre chere NKE et la table a cartes pour y allumer par intermittence le radar.

Apres cette nuit assez differente des precedentes, il a fallu prendre une nouvelle fois des options meteo, apres le passage entre l’Espagne et Ibiza. Nous sommes donc rentres assez profondement plein nord dans le golfe de Valence, au grand largue, en prevision d’une rotation du vent vers le NW qui nous est annoncee pour cette nuit.

En fin de matinee, Denis venait de sortir son sextant, je consulte l’anemometre, qui commence a monter serieusement, et lui suggere de ranger son engin delicat. Nous roulons tous les deux le gennaker, empannons pile au bon moment pour profiter d’un debut de bascule, envoyons la trinquette. Pendant ce temps, l’anemo monte encore. A 25 noeuds, quelques 20 minutes plus tard, nous prenons le 2e ris. A 30, encore 20 minutes plus tard, on reduit la trinquette, a 35 on prend le 3e ris… Bref en une heure de temps on est passe de gennaker + GV 1 ris a trinquette arisee + GV 3 ris !! Il parait que c’est ca la Mediterrannee !

On s’envoie ensuite une bonne petite salade de riz, et hop l’anemo s’y remet, soutenu par le barometre. L’un monte, l’autre baisse… et on flirte les 45 noeuds dans une ou deux rafales, toujours au portant. Profitant d’une molle a 35 nds, on affale completement la GV, pour souffler un peu, et faire redescendre le speedo qui a lui aussi a bien monte, a plus de 12 nds en regulier, et quelques surfs a 15/16 nds… Sous trinquette arisee seule, c’est plus cool, et le vent nous lache… et retombe a 12 / 15 nds. A ce moment la, un nuage ultra bizarre nous passe par dessus, on aurait dit un rouleau qui s’enroulait sur lui meme, horizontalement… Mais plus trop d’inquietude, car le baro, apres avoir fait un beau plongeon (-1.9 hPa en 1 h au plus fort) etait sur la pente remontante !

Bref, beaucoup de manoeuvres, et c’est surement pas encore fini… Vivement Marseille, si tout va bien en fin de journee de vendredi !

A part ca tout va bien a bord, on entame nos dernieres reserves, on ne va pas arriver affames, mais ca fait un bon nombre de jours qu’on n’a plus de chocolat !!

Guillaume a une pensee pour Alban en passant devant Valence, et une autre pour le Capitaine Haddock quand nous croiserons au large de Sitges cette nuit.

Bonne nuit a tous et a demain ! (mangez du chocolat en pensant a nous !)

Jerome et tout l’equipage de Tchuda Popka

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J30 - Voila l’ete, voila l’ete-e-e !! (sur l’air des Negresses Vertes)

13 février 2007 | 18:03

A huit noeuds et demi, au 355

La Mediterrannee, apres nous avoir bien rappelee qu’elle peut sans probleme infliger de bons coups de bambous meme a ceux qui viennent de se traverser tout un ocean, et qu’il faut la traiter avec respect et humilite, nous offre aujourd’hui ce qu’elle a de meilleur : l’ete en fevrier. Depuis plusieurs semaines, vous nous annoncez des meteos sur l’Europe qui auraient pu en decider plus d’un a renoncer, et a changer de cap pour rester a l’ecoute du souffle des dauphins cher a Denis. Nous aurions ainsi pu nous arreter en chemin et visiter les iles des Caraibes que nous avons seulement entr’apercu sur la carte, ou encore les Acores… Maintenant certains vont meme jusqu’a nous souffler l’idee de pretexter je ne sais quel probleme technique ou d’avitaillement pour passer quelques jours a Ibiza toute proche. C’est sur qu’avec le temps d’aujourd’hui, a-t-on vraiment envie de monter jusqu’a Marseille et ses eaux sans cesse refroidies par le Mistral ? Je detaille un peu, juste pour vous faire baver, de Libourne a Minneapolis : au lever du soleil, un peu avant 8h, il faisait deja bien doux… et le vent faible renforcait cette impression de douceur. Nous avons ensuite allume le moteur quelques heures dans la petole, et pendant ce temps le soleil montait dans le ciel bleu azur et limpide… A midi, les T-shirts etaient de sortie, ainsi que chapeaux et lunettes de soleil, pour un apero au pastis, en l’honneur de la cite fosseenne. A plusieurs reprises, on a chacun entonne des “Voila l’ete, voila l’ete-e-e” ou des “ah la la la, ca tape dur ce soleil aujourd’hui !”.

Mais ne doutez un instant de notre determination a rejoindre les notres a Marseille au plus vite. Chacun y va de son commentaire sur les options meteo a prendre. Ainsi, hier soir, apres avoir double au large le cap de Gata a l’est d’Almeria, nous avons continue quelques heures plein E, pour essayer d’eviter une zone de calmes annonces par Nicolas (dont nous saluons au passage la rigueur du suivi de notre meteo, assurant depuis le debut notre routage avec Gwench’lan). Et il en faut de la persuasion, pour convaincre tout le monde que “Oui c’est sur, cette fois ci on fait 10-15 milles en trop, mais c’est pour aller plus vite demain !!” Et aussi pour subir les quolibets quand au petit matin on embraye le moteur !! Mais le vent est vite revenu dans la matinee, et nous sommes maintenant bien relances sous gennaker dans 15 nds de vent de SW, sous un soleil de plomb !

Nous sommes donc a une trentaine de milles de la cote espagnole, et nous preparons a passer cette nuit entre le Cap Nao et Ibiza, l’ile des Baleares la plus a l’ouest. Nous devrions garder du vent portant toute la nuit et toute la journee de demain, pendant qu’un bon petit coup de Mistral s’essoufflera doucement (esperons le, prions tous Eole et les autres dieux !) dans le Golfe du Lion, pour nous laisser le champ libre vendredi pour notre derniere traversee, celle de ce fameux Golfe, dans un vent qui devrait etre revenu portant et plus calme.

Pour terminer sur la note estivale, je vais maintenant vous detailler un peu notre menu de ce midi, dejeuner pris pour une fois plage arriere sans nos cires complets je vous le rappelle, et sous un beau soleil. En apero, en canapes sur un divin pain aux olives fraichement prepare par Denis dans la matinee, saucisson et pate landais, suivis, toujours accompagne dudit pain, d’une piperade a la nicoise, et en dessert, oranges marocaines (vive l’escale a Ceuta, pourtant decriee par certains ;-) . Qui dit mieux ??

Parmi les autres points vraiment marquants de cette nuit, outre le passage de nombreux dauphins entoures de plancton phosphorescent toujours magnifiques, il y a eu le passage a deux reprises du fameux meridien de Greenwich : j’ai ainsi pu prendre en photo le GPS affichant 0 00,000 en longitude… Il faudra maintenant que nous pensions a ne plus mettre de “-” sur la longitude de nos positions (sauf quand, comme maintenant, nous repasserons a l’ouest…) !! Nous avons donc parcouru plus de 60 degres de longitude depuis notre depart de la Guadeloupe !

Voila pour aujourd’hui, merci encore a tous pour vos encouragements. Ca nous a fait tres plaisir de lire le compte-rendu de la visite de Gwen et de notre coup de fil a l’ecole de Hodeng au bosc. Sur Tchuda Popka 2, tout va bien, notre grand voile est (presque) comme neuve, et les autres petites avaries en mer seront reparees a l’arrivee a Marseille.

Pour le Schmilblick, voici nos questions du jour : - est-ce que le schmilblick se mange ? (bien cuites, beaucoup de choses peuvent etre mangees…) - est-ce que le schmilblick fait du bruit ? - est-ce que le schmilblick est facile d’entretien ? faut-il le laver ?

Bonne fin de journee a tous et a demain pour la suite de nos aventures !

Derniere minute : apres la discussion autour de l’option meteo de la nuit (Option Est - ne t’inquiete pas Gwen, on ne passe pas par la Corse, et on reste bien a portee des cotes et en particulier de Barcelone pour s’y refugier en cas de Mistral vers la fin), on a eu une nouvelle discussion tres interessante sous un nuage du 3e type, qui nous donnait une bonne bascule : “Vous etes surs qu’on n’a pas tricote a l’envers toute l’apres midi ?” –> je crois bien que si… mais bon, c’est pas tres grave, on n’a probablement perdu que quelques milles sur les 390 qu’il nous reste a parcourir !

Jerome et tout l’equipage de Tchuda Popka 2

PS : au menu ce soir : crepes !!

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J29 - Sur la mer d’Alboran

12 février 2007 | 18:56

En route au 45 a 8 noeuds

Ouf, apres une nouvelle journee d’immobilisation technique, nous voila repartis en direction de Marseille. Notre derniere escale ne fut pas de tout repos. Apres quelques negociations pour pouvoir rentrer dans le port, nous decouvrons les barres d’immeubles, la marina kitch et la fievre du samedi soir de Torremolinos. Puis hier, la grande activite fut le demontage puis le remontage integral de notre grand voile pour pouvoir l’emmener chez un maitre voilier lui coudre une petite piece sur la chute. Cela n’est pas une mince affaire, la voile est lourde et encombrante meme a quatre, et il y a bon nombre de manoeuvres a degreer pour pouvoir l’enlever du mat. Enfin, avec l’envoi de la voile de cape, cela fait une nouvelle manoeuvre que nous aurons apprise. Et hier soir apres un repas rapide, nos etions prets a reprendre la mer et retrouver le rythme des quarts.

Depuis le passage du detroit, c’est sur un nouveau terrain de jeu que nous evoluons. Pour l’instant, il s’appelle mer d’Alboran (Pourquoi Alboran ? Je ne veux pas concurencer le Schmilblick mais si quelqu’un a l’explication de ce nom, il gagne un mini-carembar a venir chercher a bord !). La transat est faite, nous avons perdu ce pincement d’inconnu qui nous a accompagne pendant 25 jours, ce sentiment permanent de decouvrir une nouvelle facette de la navigation, une nouvelle forme de voyage, un nouvel univers d’aventure collective. Nous retrouvons maintenant un type de croisiere que nous connaissons d’avantage. Mais la navigation n’en n’est pas moins belle, et mon quart de ce matin restera un beau souvenir de cette traversee.

La mediterranee n’est jamais a court de surprises, et pour feter la reprise de notre navigation, elle nous a prepare un petit vent dont elle a le secret. Il leve rapidemant une mer tres courte, mais aujourd’hui nous sommes au grand largue. Je prends la barre pour profiter des vagues, et le bateau se met a nouveau a glisser en douceur. 16.9 noeuds, ce matin pour une fois je parviens a mieux barrer que le pilote automatique. La mer s’est bien rafraichie depuis l’Atlantique, et ce matin le plancton est tres lumineux. Bientot, ce sont trois dauphins qui viennent y tracer une trajectoire phosphorescente. On peut les suivre jouer sous les vagues, zigzaguer devant l’etrave et plonger sous la coque. Par moment, le trait de sillage s’interrompt et on les apercoit sauter dans la nuit.

Tout en contemplant ce spectacle, je garde un oeil sur la guirlande de lumieres qui nous entoure, car nous sommes a nouveau sur le chemin des cargos. Ils restent groupes jusqu’au Cabo de Gata que nous doublerons tout a l’heure, puis leurs routes divergent soit pour remonter vers l’Europe, soit pour poursuivre vers la mediterranee orientale et le canal de Suez. Le vent nous fait couper leur trajectoire, j’en distingue sept sur l’horizon et j’en compte onze sur l’ecran du radar ! L’un passe a quelques centaines de metres, j’entends le ronflement de son moteur… et je me rejouis d’autant plus d’etre a la voile.

Quand les quarts sont animes le temps passe plus vite. Deja le jour se leve, les lumieres des cargos s’estompent sur le ciel qui s’eclaire. Sous le vent, des nuages lenticulaires forment comme une pile d’assiette qui annonce le relief. Bientot on distingue les contreforts sombres de la Sierra Nevada, puis derriere eux la ligne de crete couverte de neige qui rosit dans le soleil levant. Ce n’est pas sans me rappeler les cimes enneigees du Djurdjura qu’on apercoit souvent l’hiver quand le soleil se leve sur Alger. D’ailleurs, les cotes algeriennes sont a moins de 80 milles, et en ecrivant ce mail c’est la marine algerienne que j’entends appeller a la VHF pour annoncer un BMS sur les cotes de Ghazaouet, Oran et Mostaghanem.

En entamant cette cinquieme et derniere semaine, je ne peux que remercier Jean-Francois, Karine et Jacques qui m’ont permis de faire un aussi beau voyage a la voile ! Et merci aussi a Adeline qui nous fait parvenir chaque jour les commentaires du blog, pour notre plus grand plaisir. A bientot,

Guillaume, et l’equipage de Tchuda Popka

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J28 - Arret technique a Torremolinos

11 février 2007 | 19:47

A quai, a Torremolinos

Encore un petit mail bien court, pour vous donner quelques petites nouvelles. Tout va bien a bord, nous avons passe la journee a reparer les quelques petites sequelles du passage de Gibraltar. Ceci nous a permis de bien faire connaissance avec les subtilites techniques du greement de notre cher Tchuda Popka… Meme a quai, ce bateau est tres physique !!

Nous allons repartir sitot une petite soupe avalee, pour entamer la derniere partie de notre periple. Souhaitez-nous bon vent ! Un mail plus long viendra vous relater cette premiere nuit sur la Mediterrannee demain.

Bonne nuit a tous !

Jerome et tout l’equipage de Tchuda Popka 2

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J27 - Les pieds sur terre

10 février 2007 | 19:03

En route au 50 a 8 noeuds

Bon, notre dernier post - relaye par Adeline - etait un peu laconique. Mais nous avons une excuse, de taille : nous etions a terre ! Et apres 25 jours de mer, je l’avoue : nous etions plus presses de voir si nos jambes fonctionnaient encore normalement que de nous precipiter sur un clavier d’ordinateur…

L’arrivee fut assez agitee : le detroit nous a fait un coup de Trafalgar en nous dispensant 35 noeuds de vent dans l’avant port de Ceuta, soulevant des giclees d’embruns pendant que nous affalions les voiles. Cette manoeuvre demande un peu de temps car sachant que nous partions pour plusieurs semaines de navigation, nous avions tout assure avec des petites garcettes qu’il fallait defaire. Apres une nuit de traversee du detroit au milieu des cargos, aides par la station de regulation du traffic basee a Tarifa, nous voila donc a faire des ronds dans l’eau en nous abritant sous le vent d’un ferry a quai. Puis nous rentrons dans la marina, attrapons une pendille, et nous mettons pied a terre ! Pour nous remettre de cette longue manoeuvre, nous partons - a 6h30 du matin - en quete d’un bar ouvert. Nous avons surement un petit air d’extraterrestres a deambuler sur les belles avenues de Ceuta, bordees de boutiques de luxe et de produits detaxes, avec nos bottes, nos cires et nos tetes mal rasees. Et c’est encore mieux quand nous penetrons dans un bar et commandons une tournee, alors qu’a la table d’a cote les gens prennent leur petit dejeuner.

Drole d’impression de se retrouver a terre. On retrouve quelques plaisirs insoupconnes : se doucher bien sur, s’habiller avec ses deux mains a la fois, sans en garder une pour se tenir en equilibre, remettre des chaussures et un pantalon, faire fonctionner ses jambes (ouf, nous savons encore courir !), puis plus tard flanner dans les rues, se perdre dans la foule bigaree de cette petite presqu’ile, discuter un peu en espagnol, gouter queso manchego, jamon serrano et chipirones. Et apres une grande journee passee a arpenter la ville, passer une nuit au calme et s’endormir sur une couchette a l’horizontale…

Aujourd’hui, c’est la deuxieme traversee de notre periple : apres la transat, nous voila partis pour une transmed ! Plus modeste pour l’instant, puisque nous faisons un arret technique a Torremolinos cette nuit, sur la cote andalouse. Dans les grains d’hier, un superbe arc en ciel nous a montre la voie en emjambant le detroit, comme un symbole des liens entre une rive et l’autre. Vous avez compris que la gastronomie tient une place importante a bord, donc pour marquer cette transition Afrique-Europe, le menu du jour etait couscous a midi, paella ce soir. Le tout accompagne de succulantes oranges marocaines

Nous avons aujourd’hui deux pensees particulieres. L’une pour l’ecole d’Hodeng au Bosc qui recevait aujourd’hui la visite de Gwench’lan. Merci Gwen, merci Marie-Anne et merci a toute la classe pour vos encouragements. Et a notre tour de vous poser quelques questions : - est-ce que le schmilblick est un instrument ? - est-ce qu’on peut le regler ? - est-ce qu’il sert a faire avancer le bateau ? - est-ce qu’il y en a plusieurs a bord ? Et puis nous accompagnons Denis pour souhaiter a Marie-Christine un excellent anniversaire, on arrive bientot pour le dire de vive voix.

Guillaume, et l’equipage de Tchuda Popka

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Escale a Ceuta

10 février 2007 | 00:42

Bonjour a tous,

Voici des nouvelles (un peu tardives) de nos marins : ils sont bien arrives a Ceuta vendredi matin a l’aube. La douche a ete tres appreciee, ainsi que les restaurants du coin. Ils repartent demain direction l’Espagne. Je leur laisse le soin de vous raconter le passage du detroit de Gibraltar ! :-)

Tous vos encouragements sur le blog sont de veritables moteurs pour eux, ils vous remercient encore, et comptent sur vous pour les derniers jours de ce convoyage !

A bientot

Adeline

PS : merci de ne pas repondre a ce mail (auquel ils n’ont pas acces) mais de mettre vos commentaires sur le blog !

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J25 - Trois continents

8 février 2007 | 17:32

En route a 12 noeuds au 105.

(oui, oui, 12 noeuds !
A midi on dejeunait a l’interieur sur le mode :

- Tu peux me passer le sel s’il te plait ?
- Oui, oui. Tiens, on surfe a 16 noeuds.
- C’est bien. Tres bonnes, ces pates…)

L’Amerique, reconnaissons-le, on n’en a pas vu grand chose. A peine quelques jours sur un petit confetti verdoyant perdu au bord de la mer des caraibes, dont on a surtout decouvert l’aeroport, le Cora, le shipchandler et les restos de la marina. Mais cette nuit, c’est entre deux nouveaux continents que nous devrions nous glisser en entrant dans le detroit de Gibraltar.

Depuis 24h, la valse des cargos a commence. Certes, ce n’est pas la Manche, mais le traffic est tout de meme intense et les bateaux se succedent : tankers, porte-conteners, ferries, et meme un bateau d’installation ce matin - mais qui n’etait pas de la flotte Saipem ! Pour l’instant, tous suivent la meme direction que nous, ce qui facilite la navigation. Les cargos passant dans le sens Ouest-Est longent la cote europeenne, tandis que ceux qui sortent suivent la cote africaine. Plus tard viendront les douaniers ou les ferries qui traversent dans le sens nord-sud. En cas de doute ou de mauvaise visibilite, notre radar est la pour nous donner un coup de main.

Un detroit, c’est une porte dans deux directions a la fois (et 4 sens, pour les matheux !). Pour nous, c’est le point de passage de l’ocean des grandes decouvertes a la mer d’Ulysse, si bien baptisee “berceau des civilisations”. Pour d’autres, c’est le point ou deux continents se regardent. Lieux d’echanges et de traffics, de voyages organises ou de departs clandestins vers les mirages de l’Europe. Ironiquement, les aleas de l’histoire ont donne un nom arabe (Le djebel Tahar, devenu Gibraltar) au rocher de la rive nord, qui est maintenant britannique, tandis nos instructions nautiques designent les montagnes de la rive sud sous le nom de sierra Bullones au Maroc. Pour brouiller un peu plus les pistes, l’extremite est de la rive sud (vous suivez ?) s’acheve par l’enclave espagnole de Ceuta. Ceuta qui pourrait bien etre le port d’une etape express, histoire de refaire le plein de gazole et d’eau par securite, vider les poubelles, faire une inspection de la grand voile et - qui sait - peut-etre prendre une petite douche ?

Pour etre sur qu’on ne s’ennuie pas Gwen nous fait parfois des petites blagues, je laisse Jerome vous compter la derniere.

Guillaume

Hier mercredi apres midi, Gwen notre armateur prefere, nous envoie un petit email bien sympathique, nous annoncant un front a 40 nds etabli pour la nuit de jeudi a vendredi (ce soir donc) pile poil la ou nous esperions etre, c’est a dire a Gibraltar. Lorsque nous avons releve notre boite aux lettres, un peu plus tard dans l’apres midi d’hier, nous etions alors sous un bon 35 / 40 qui ressemblait bien a un front froid [Note du traducteur : comprendre pluie diluvienne et vent a decorner les boeufs]… Son seul conseil : “Ralentissez un peu pour laisser passer le front et n’etre a Gibraltar que vendredi dans l’apres midi” - en gros, faites le dos rond et attendez en mer tranquillement, alors que notre programme pour vendredi c’etait plutot d’etre bien tranquillement attables a un bistrot a Ceuta ou ailleurs !

Et surtout, ce mail remettait un peu en cause toutes nos previsions meteo, base de notre securite ! Bref, un peu de stress… Et verifications faites, en fait il s’agissait d’une prevision meteo dans un autre creneau - non un creneau horaire, mais un creneau journalier - a J+1, et le dit front etait bien celui passe hier mercredi soir, et qui nous avait bien rinces, une nouvelle fois !!

A nouveau un tres grand merci a tous ceux qui nous envoient des encouragements sous la forme de commentaires sur notre site ! Nous les lisons avec delectation ! Merci aussi a nos amis marseillais, tous prets a nous accueillir, j’espere qu’on arrivera bientot pour profiter de votre accueil (et de vos baignoires !). Philippe, ce sera pour la prochaine fois, mais ton enthousiasme etait a la hauteur de mes esperances ! Laurent, pas sur qu’on puisse saluer le rocher aussi dignement que tu le demandes, on y sera de nuit… Merci au passage a ZeDoc qui me permet d’etre bien au sec et de garder seche ma toute nouvelle veste, que je garde pour les grandes occasions a venir !

A tres bientot

Jerome, et tout l’equipage de Tchuda Popka

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J24 - Moins de 100 milles de la terre ferme

7 février 2007 | 19:04

En route a 9 nds au 110, a 90 milles du Cap St Vincent (Pointe SW du Portugal)

Voila maintenant plus de 24h que nous sommes au portant dans une bonne brise, qui s’est meme bien renforcee en debut de matinee. Actuellement plus de 30nds de vent a l’anemo, la facture du vent consomme va etre salee ! Mais le portant, meme dans la brise et sous la pluie, ca reste toujours mille fois plus confortable que le pres !! Et en plus on avance bien sur le cap ! Cette bonne brise nous est gentiment envoyee par la 5e depression de notre periple… Comme d’hab, on attend le front tranquillement sous la pluie !

On approche maintenant a grands pas du continent europeen, on devrait passer dans la nuit a une trentaine de milles du cap St Vincent et continuer au large de la baie de Cadix pendant la journee de demain, toujours cap sur le detroit de Gibraltar.

Pour passer ce fameux detroit, il va falloir faire attention aux cargos qui devraient etre assez nombreux mais bien ranges dans leur rails : ceux qui rentrent en Mediterrannee au sud du detroit, ceux qui en sortent au nord. Il va aussi falloir compter avec le courant de maree, de faible importance normalement (jusqu’a 1.5 ou 2 nds) mais avec le fort vent d’W que nous aurons, nous essaierons de franchir le detroit avec le courant, c’est a dire soit avant 22/23h si vraiment on est bien en avance sur notre tableau de marche, soit apres 5h du matin vendredi, ce qui est le plus probable, auquel cas nous serons peut etre amenes a ralentir notre progression dans la journee de demain pour ne pas etre trop tot.

Suivant notre heure de passage, nous nous arreterons soit tout de suite apres le detroit a Ceuta, si on est de jour a ce moment la, soit un peu plus tard sur la cote andalouse. L’objectif de cet arret au stand qui sera probablement tres court est principalement de refaire le plein de notre reservoir de carburant pour le moteur, de nos jerricans d’eau douce (pas pour la boisson, il nous en reste encore tant et plus) et de prendre une petite douche bien meritee. Ensuite, et toujours suivant la meteo, nous reprendrons la mer pour rejoindre Marseille, que nous pourrions toucher en debut de semaine prochaine, au terme d’un long et magnifique voyage !

Bonne soiree a tous et a tres bientot

Jerome

Le souffle des dauphins, par Denis

Il m’arrive parfois, lorsque la mer est calme, que le vent caresse les voiles, d’entendre tout pres le souffle des dauphins. Ils nous entourent, passent et repassent, et dans leur souffle, il me semble les entendre dire : “Sois le bienvenu dans notre monde, etranger, drole de bete vivante, assis sur ton poisson volant, fait de plastique et de tissus, une aile dans l’eau, l’autre dans l’air. Ne t’inquiete pas, nous veillerons sur toi, le temps de faire un bout de chemin ensemble.” Dans ce souffle que j’entends, et dans ce message que je devine, je ressens plus d’humanite que dans le souffle des discours de beaucoup d’hommes.

Entendre le souffle des dauphins, jamais je ne m’en lasserai, et j’espere m’en impregner longtemps, pour qu’arrive a terre, le souffle des hommes presses, stresses, surbookes, ne m’entraine pas dans leurs chemins. Je prefere continuer a suivre celui que m’indique le souffle des dauphins.

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