Transat retour... en Pogo 40 - Tchuda Popka 2

Archives du 3 février 2007

J20 - Santa Maria des Acores - Gibraltar = 900 M

3 février 2007 | 19:12

En route a 9 nds au 85

Terre, terre !! Ca y est nous avons vu pour la premiere fois une preuve qu’il peut y avoir autre chose sur l’ocean que de l’eau (et des cargos). Nous avons en effet apercu ce midi la derniere ile des Acores, enfin pour nous, puisque c’est celle la plus au sud-est et la plus proche du continent europeen. Que Santa Maria (c’est son nom) nous porte chance pour aller vite et bien jusqu’au continent ! Cette vision au bout de vingt jours de mer, nous n’y comptions pas vraiment, etant donne que nous en sommes passes au vent (au sud) a plus de 30 milles et que le temps est un peu bouche. Mais on a vu ses hauts reliefs (600 m) se detacher nettement, et c’est Pierre qui l’a apercue le premier. Il a l’oeil celui la : a chaque fois, c’est lui qui apercoit le premier le poisson pris sur la ligne, la premiere terre inesperee au bout de 20 jours…

Je vous le disais en titre, nous n’allons plus en Bretagne, mais en Mediterrannee. N’y voyez la ni caprice, ni malice, encore moins mutinerie ou rebellion a bord (quoique l’idee d’aller se cailler dans le Golfe de Gascogne ne nous rejouissait guere). Il s’agit bien d’une consigne venant de haut, de tres haut meme, puisque l’armateur, Gwench’lan lui meme, prefere voir son Tchuda Popka rallier Marseille ou il le mettra a la disposition d’un locataire chanceux !

Nous profitons d’une meteo “parfaite” pour cette route. Il nous reste moins de 900 milles a parcourir jusqu’au detroit de Gibraltar, entre Europe et Afrique, que nous devrions pouvoir franchir tres rapidement (moins de 6 jours si tout va bien, merci d’avance Santa Maria). Actuellement nous faisons route directe a 8,5 / 9 nds au 85 (c’est a dire avec un peu de N dans notre E) pour rallier un point situe a une latitude inferieure : ce n’est pas une erreur de navigation mais, sur une sphere, la ligne la plus courte entre deux points (l’orthodromie) a une allure bizarre ! Faites l’experience avec une mappemonde !

Sentant l’ecurie (et ses douches) approcher, nous essayons tous les 4 de faire marcher le bateau au mieux, pour egalement profiter de cette meteo “parfaite”. L’ambiance a bord est sportive, a plus de 8.5 nds en continu au travers, gites a 20 degres en moyenne. Nous sommes actuellement et ce depuis hier matin dans l’avant d’une depression faiblement active, centree non loin du nord des Acores. Cette zone, au SE d’une depression, est appelee secteur chaud (18 C le jour, 16 la nuit), mais c’est surtout reconnaissable a la nebulosite caracteristique : stratus epais et bien gris, averses frequentes et vent de S. Mais nous serons probablement bientot rattrapes par le front froid (qui separe secteur chaud et secteur froid de la depression), et alors, a nous ciel bleu et petits cumulus de traine ! Et aussi vent d’W, qui devrait diminuer secousses et gite a bord, et nous permettre de repasser a la cuisine gastronomique qui nous est chere. Et qui pourrait peut etre nous permettre de remettre une ligne de traine a l’eau : aujourd’hui pas de poisson !

Cap sur Gibraltar donc, que nous devrions atteindre le 7 ou le 8 (voire avant si la moyenne ne redescend pas), et nous ferons alors tres probablement escale soit a Gibraltar (enclave britannique en Espagne) soit a Ceuta (enclave espagnole au Maroc) pour quelques heures, pour refaire le plein de gazole, prendre une douche et passer quelques coups de fils a nos proches ! On repartira ensuite pour quelques jours vers Massilia, distante de 750 milles du detroit. Enfin, pas trop de plans sur la comete non plus !!

Voila donc le programme de ces quelques derniers jours au grand large !

Christa, Alex (de la part de Denis) : Ici c’est bien la fete du thon, rendez vous pour la fete du hareng de Fecamp a l’automne 2007. Bruno (toujours de la part de Denis) : Pas d’inquietudes, tu pourras bientot partir en vacances, et profite bien de toutes ces multiples reunions que seul le Louvre est capable d’engendrer dans ses magnifiques salons dores.

Merci encore a tous pour vos messages de soutien. Pour nous ecrire, evitez de repondre a l’adresse de la mailing list, utilisez plutot les commentaires sur le blog sur internet, merci !

Merci aussi a toute la classe de Marie-Anne a Hodeng-au-Bosc : Mathilde, Manon, Mallory, Sylvain : tout va bien a bord, merci de vos encouragements et de vos messages si sympathiques. On n’arrete pas de voir des thons (dans nos ventres maintenant) et des dauphins. Par contre, pas beaucoup d’oiseaux de mer (environ un par jour), mais on est surement encore un peu trop loin des cotes.

Bon week-end a tous,

Jerome, et tout l’equipage de Tchuda Popka 2

PS : aujourd’hui, vous avez droit a double ration de mail !

[Sent from: 36.563,-24.067]

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J20 - Chronique d’un quart

3 février 2007 | 13:39

En route a 8 nds, au 90

Chronique d’un quart, une nuit il y a quelques jours

Venus s’est couchee, elle a rejoint mes equipiers, nous la reverrons a l’aube, juste quelques instants, le temps d’admirer son eclat avant que le jour n’apparaisse. Sa vision est ephemere, pareille a toute les grandes beautes humaines. L’eclat de la lune a pris le relais et illumine d’une lumiere blanche le ciel. Betelgeuse, legerement orangee, brille avec Rigel de part et d’autre d’Orion. Regulus n’est pas en reste et donne l’echo au pied de la constellation du Lion. Toutes les etoiles brillent et le ciel cette nuit est identique a celui que les Egyptiens peignaient dans les tombeaux de leurs rois.

Mes sens sont en eveil, j’observe les voiles, deployees comme les ailes d’un oiseau, entre ciel et mer qui chacun scintillent comme les cierges magiques d’un immense gateau d’anniversaire. J’ecoute les bruits, celui du vent qui siffle dans les voiles, la mer qui lui repond, et le bateau soufflant, craquant, gemissant, tel un chef d’orchestre qui s’activerait a harmoniser tous ces bruits, pour en faire une symphonie universelle, la symphonie de la mer.

Un grondement plus fort que les autres trouble la partition, c’est une vague plus grosse, et laide. Mais d’une laideur pareille a celle de Quasimodo, de celles qui cachent une grande beaute, que seul un oeil bienveillant peut deceler. Je la regarde et lui sourit. Elle, indecente, pose ses mains sur le beau petit cul de Tchuda Popka, et nous propulse. L’oiseau se cabre, leve son etrave, et plein d’orgueil, plane sur un long surf, tel un allegro de Vivaldi.

A ce moment precis, je suis dans le ciel, la mer, le bateau, bref, je suis heureux. Heureux de ce bonheur simple, qu’il faut aller chercher avec patience dans ce que la nature nous a donne. Heureux comme les Moitessier, Chichester, Gerbault, qui nous l’ont si bien decrit dans leurs ouvrages.

Enfin, seul avec moi-meme, au milieu de nulle part, je prends alors conscience que ce bonheur je le doit aussi en grande partie aux miens, restes a Flore. Mon quart fini, j’irai me coucher avec eux, mon bonheur dans les bras de Venus.

Denis, equipier a bord de Tchuda Popka 2

[Sent from: 36.465,-24.938]

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